Je ne veux pas dire que j’avais raison mais…

Je ne veux pas dire que j’avais raison mais…

Par François Bouchard : éditorialiste en chef

Hier soir à Québec, Mathieu Germain a livré le combat qui est certainement la performance la plus mémorable de sa carrière. Alors que tous pariaient contre lui, que l’épreuve du Dragon semblait insurmontable, Germain a livré une bataille digne des grands chevaliers, terrassant Steve Claggett par décision partagée.

Notre paladin québécois n’a pas eu froid aux yeux, acceptant de combattre dans un petit ring, en plus de demeurer à l’intérieur des coups du Dragon. Non seulement Mathieu a démontré un brio défensif dont lui seul est capable, mais la sécheresse de ses coups, particulièrement au corps, ont clairement ralenti Claggett, qui semblait sans réponse après cinq assauts. Celui que plusieurs qualifiait comme un monstre inattaquable fut démantelé avec une relative aisance par Germain, qui avait aussi remporté leur premier duel, sauf selon les juges.

La technique, la vitesse et l’intelligence du ring ont eu raison de la pression. Je mentionnais en émission d’avant-match que oui, même si Mathieu avait subi deux défaites dures, Claggett possède un style qui peut épuiser, mais qui finit par l’user lui-même. Je pense que hier soir, on a vu que son style est en train de l’user aussi. La tête du Dragon avait littéralement l’air d’un Bobblehead! De plus, G-Time a tenu à demeurer au centre du ring, ce qui a surpris l’ami Steve. Claggett mentionnait emmener quelque chose de nouveau ce soir, il en fut tout le contraire. C’est Mathieu qui a donné les coups les plus percutants et qui a contrôlé l’action. Vous pouvez argumenter et donner un round, peut-être deux à Claggett, mais pour moi c’est 10-0, ou 100-90. C’est quand même mieux que le 97-93 de Sylvain Leblanc, qui a s’est probablement inspiré d’Adélaïde Byrd ou d’Eugenia Williams concernant la façon de juger ses combats. C’est le même qui avait donné seulement trois rounds à Junior Ulysse lors du premier affrontement entre ce dernier et… Claggett.

Une image vaut Milles mots. Photo : Vincent Éthier

Qu’en est-il du Dragon? Claggett continuera d’être une attraction intéressante.  Au risque de déplaire à certains, je le répète, sa force de frappe est moyenne.  Ajoutez son style qui plaira toujours aux fans, Claggett demeure un test sérieux si un boxeur de talent veut connaître sa valeur.  Il faut juste le considérer pour ce qu’il est, un bon boxeur donnant toujours de bons combats et non un tank indestructible qui démolit tout.

Le train Germain semble donc reparti pour de bon.  Pour le moment, par superstition uniquement, son grand frère Martin devrait garder sa somptueuse coiffure. On raconte qu’il donne une quote-part à The Weeknd pour garnir son cuir chevelu d’un tel ornement.

En levée de rideau, Le Professeur Kenny Victor Chery est allé chercher une troisième victoire en sept sorties en triomphant de Mathieu Duguay par décision majoritaire.  Ma seule surprise fut de voir le Gaspésien beaucoup plus patient que je ne l’aurais cru, ce qui a donné quelques occasions à sa main droite  de passer par-dessus la main gauche de Chery.  Cependant, le Montréalais a contrôlé la majorité des échanges par un excellent jab et quelques contres bien sentis.  Je rapporte une carte de 39-38 Chery.

Alexandre Gaumont, le p’tit gars de Buckingham, a pu faire son entrée chez les professionnels dans le meilleur endroit possible, à huit clos.  Comme mon collègue Sylvain Pelletier l’a bien mentionné, ce dernier devait se contenter de boxer et remporter la victoire. Mikhail Miller ayant la réputation d’un client pas commode, il a livré la marchandise à laquelle on s’attendait et s’est incliné par décision, survivant aux attaques de Gaumont.  Petits contres entre les accrochages, déplacements justes Miller a joué son rôle de faire valoir à son meilleur.  On voulait voir les deux marteaux du jeune Gaumont à l’œuvre, on a eu droit à la construction d’un talent prometteur, qui a trié dur mais qui s’est ajusté lors des deux derniers rounds.  Il faudra être patient et le laisser monter sa fiche.  Camille Estephan aura avantage à le laisser en sous-carte pour une dizaine de combats et ne pas céder à la tentation de vouloir monter le jeune cogneur trop rapidement.  Un autre conseil que je pourrais donner au jeune Gaumont : ne pas trop aller sur Internet parce que tout le monde a un avis.

L’émergence de la boxe féminine s’est poursuivie ensuite avec Bree Howling, qui a remporté une décision serrée contre Ericka Jeannette Hernandez. Encore une fois, nous avons eu droit à un duel extrêmement serré qui s’est soldé par décision majoritaire sur quatre rounds pour l’énergique boxeuse de Calgary, combat dans lequel la protégée d’IanMcKillop aurait pu avoir un meilleur sort. J’avais 38-38.

Photo : Vincent Éthier

Le seul combat qui m’a quelque peu surpris non par son vainqueur mais la façon qu’il l’a remporté, Clovis Drolet a mis le point d’exclamation qu’il devait mettre en passant le KO à Jordan McCue au deuxième round d’un combat qui était partagé après le premier assaut.  C’est la technique de Drolet qui aura mis la touche finale, puisque sa puissante main droite s’est révélée beaucoup plus compacte que les coups plus large de McCue.  Petite note vraiment pas importante ici : si on m’avait surnommé la fierté de Vanier, la fierté de l’Ancienne-Lorette, la fierté de Rosemont, de Saint-Michel, de Duberger, Rimouski ou de Sherbrooke, je me sentirais bizarre.  En bon québécois, la fierté de Beauport, ça ne flashe pas. Un beau clin d’œil, mais en même temps, fallait que je trouve de quoi à critiquer sur cette excellente carte.  

Donc chapeau à toute l’équipe d’EOTTM qui a su faire un gala extrêmement relevé et équilibré malgré le contexte que nous vivons.  Et croyez-moi, la prochaine fois, j’y serai. Comme dirait le Dr. Arruda : ça s’en vient.

En attendant, prochain gala le 4 juin en direct du Mexique, avec David Lemieux, Simon Kean Erik Bazinyan et la nouvelle recrue Samuel Arnold. Ça promet!

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