• 15 avril 2024
  • Last Update 16 octobre 2023 10 h 47 min
  • Montréal

Mbilli : ce gladiateur des temps modernes

Mbilli : ce gladiateur des temps modernes

Le combat entre Christian Mbilli et Carlos Góngora était promis à être un « combat cinq étoiles », prédiction basée sur le système de points du site Boxrec. Le soir venu, au Casino de Montréal, le combat a toutefois offert bien plus que des étoiles ; on a eu droit au pain, aux jeux, à cette fascinante violence promise et aux frissons qui viennent avec.

« It was one of the best fights I’ve seen in my life!, a lancé un Lou DiBella ébahi, malgré la défaite de son poulain l’Équatorien Góngora, par décision unanime. Now, I’m a huge fan of this kid! », a-t-il ajouté, sans malice ni amertume, en parlant du guerrier adverse et victorieux, Christian Mbilli.

Tout de même, le fait qu’il s’agisse d’un des « meilleurs combats » que le promoteur new-yorkais ait vus de sa vie est lourd de sens. On parle de quelqu’un qui a été introduit au Temple de la Renommée de la boxe l’année dernière, un gars qui en a vu d’autres, mais pourtant, encore rien qui décrirait parfaitement ce qu’il a vu jeudi soir sur l’île Sainte-Hélène.

Ce serait un euphémisme de dire que le légendaire promoteur Lou DiBella, ici en discussion avec Camille Estephan, a été impressionné par Christian MBilli (crédit photo : Vincent Ethier, EOTTM).

Le triomphe du courage

Ce que DiBella et les spectateurs ont ressenti, c’était cependant incomparable à ce que les deux boxeurs, princes de la guerre et gladiateurs des temps modernes ont dû endurer. Ce serait peut-être hâtif d’annoncer le combat de l’année en mars, mais totalement justifié d’au moins fermer les livres pour annoncer tout de suite que le round de l’année fut le 8e assaut du combat principal.

« Vous savez, quand vous dédiez votre vie autant que moi à votre carrière, vous n’avez pas droit à l’erreur. À ce 8e round, j’ai vu mon travail, j’ai vu mes heures de souffrance à l’entrainement et j’ai vu mes objectifs. Je me suis dit ‘si tu ne survis pas à ce round, t’as rien à faire là’… C’est là que je suis allé chercher mes cojones pour me dire ‘non, aujourd’hui, il ne me fait pas mal, je suis plus fort que lui…’, a raconté Mbilli, surnommé « Solide » pour une raison.

« Je suis admiratif de tous les types de courage […]. Je suis fasciné par le courage. Aujourd’hui, je pense que je suis quelqu’un d’assez courageux. J’ai immigré ici, au Canada, et laissé ma famille en France. Encore une fois, à ce 8e round, j’ai pensé à ça, je n’avais pas le droit à l’erreur […] pas le droit de tomber aujourd’hui. C’était ça le chemin, c’était la victoire, un point c’est tout », a-t-il ajouté, admettant au passage n’avoir jamais rien vécu de tel qu’en ce 23 mars.

Ambiance fusionnelle

Dès le premier engagement, il ne fallut que quelques secondes avant que le round d’étude « prenne le bord », pour citer un grand blogueur de Rosemont. Au bout de son siège du début à la fin, l’assistance ne se privait pas de scander des « Mbilli » bien soutenu pour donner de l’énergie à son favori.

« Ça aurait sans doute été plus difficile sans eux […], j’aimerais vraiment les remercier », a témoigné le Canado-Franco-Camerounais, reconnaissant.

En à peine plus de trois mois, le charismatique cogneur aura fait lever la foule de Nantes, puis celle de Montréal. Semblerait-il que le Québec et la France n’ont pas été en telle communion depuis que Charles de Gaulle a lancé « Vive le Québec libre! » en ’67. Est-ce que quelqu’un a vécu les deux événements? Bonne question. Réjean Tremblay a quand même couvert les funérailles d’Elvis, mais ça, c’était en ’77.

Montagnes russes d’émotions

Si Christian Mbilli n’a jamais douté, les membres de son équipe eux, en voyant une telle guerre, ont eu droit à quelques sueurs froides et à tout l’arsenal d’émotions les accompagnant. Parlez-en à son promoteur.

« Moi j’étais émotionnellement investi dans ça, alors c’était clairement encore beaucoup plus exagéré dans ma tête, a dépeint Camille Estephan, fier de son boxeur. C’est le cœur qu’il a démontré. Un gars qui se fait mal comme ça, qui continue d’attaquer, qui n’arrête pas et qui ne recule jamais […], il a vraiment un moteur de motivation en lui, quelque chose que je n’ai jamais vu », a décrit le fondateur d’Eye of the Tiger Management.

Encore plus près de l’action, dans le coin de « Solide », lorsqu’un membre des médias a questionné Marc Ramsay sur ce qui lui passait par la tête au 8e round et dans le combat, l’introduction de sa réponse était brève, mais ô combien significative : « Ahh’ plein d’affaires..! ».

Dans tous ces témoignages, on sentait d’abord la satisfaction du travail accompli, et ce, contre un boxeur « élite ». On sentait aussi que la pression descendait. D’ailleurs, on la sentait déjà diminuer lorsque la dernière cloche s’est fait entendre à la fin du 10e round, car une fois à la décision des juges, le verdict était clair. Parmi les scores ; un ‘97-93’, un ‘98-92’ et ‘99-91’. Le dernier était un peu généreux, selon la plupart des observateurs, mais pas de vaudeville, le gagnant fut le bon, alors tout le monde se coucha en paix.

La réaction de Marc Ramsay, à gauche, à la fin du 8e round était assez représentative de celle de la foule en générale (crédit photo : Vincent Ethier, EOTTM).

Pour quelques dollars de plus

En tombée de rideaux, les témoins du combat étaient unanimes sur une chose, sans ordre précis, Mbilli-Gongora est l’un des meilleurs combats que le Québec ait accueillis. Dans la liste, il y a sans doute aussi « The Brawl in Montréal », combattu entre Sugar Ray Leonard et Roberto Duran devant des milliers de personnes au Stade olympique en ‘80.

Plus de 40 ans plus tard, la foule était de nouveau en délire, il « fallait » y être, mais trop peu ont eu cette chance, alors que la capacité était limitée à quelques centaines de personnes. Au moins, il y avait le service de diffusion Punching Grace qui, pour une poignée de dollars (onze pour être exact), diffusait le gala. À ce prix, après avoir vu Mbilli ferrailler contre Góngora, les téléspectateurs devaient se demander où laisser le pourboire.

Plus sérieusement, avec Mbilli à la charge, Jean-Charles Lajoie ne se méprend pas en disant que la boxe québécoise est entre bonnes mains. Et puis, une fois à minuit trente, avec le dernier métro de passé et l’arène en train d’être démonté, le rêve de Stade olympique de Camille Estephan semblait maintenant un peu moins fou.

Le repos du guerrier

Après une telle guerre, cela semble presque irrespectueux de parler de la suite, mais, en boxe, le combat le plus important est toujours le prochain, alors le questionnement était inévitable. À ce propos, Marc Ramsay a avoué ne pas trop avoir regardé « plus loin » que Góngora. De toute manière, outre les champions, très peu de boxeurs sont « plus haut » que de l’Équatorien dans l’échiquier des super-moyens.

Néanmoins, Ramsey et Estephan ont indiqué qu’ils auraient un œil attentif sur le combat de ce samedi entre David Benavidez et Caleb Plant, comptant pour enjeu le titre intérimaire de la WBC. Il y a aussi le champion « régulier » de la WBA, le Cubain David Morrell Fils, avec qui Mbilli a apparemment déjà mis les gains à l’entrainement. Puis, au sommet de la pyramide se trouve le champion incontesté, Canelo Alvarez, qui reviendra en mai sur sa terre natale du Mexique, pour y affronter l’anglais John Ryder, champion intérimaire de la WBO.

Bref, beaucoup de combats toujours en attente d’issues. Au moins, cette attente sera bénéfique à Mbilli, qui pourra recharger ses batteries, avec « la barre très haute » pour la suite. Ainsi, Marc Ramsay garde septembre en tête comme possible date de retour. Une fois là, il garantit une chose.

« Si le téléphone sonne, on va le prendre », a-t-il lancé, sans détour, affichant clairement les couleurs de « Solide » quant à la possibilité de retourner en guerre, mais cette fois, pour les plus grands honneurs.
« N’êtes-vous pas divertis? »
(crédit photo : Vincent Ethier, EOTTM).

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