La Chronique de l’homme aux mille et un graphiques.
Martin Laporte

Mise en contexte : Sur une base régulière, je vous représenterai la boxe le plus visuellement possible afin de vous informer et de discuter de votre sport préféré. Un thème à la fois je ferai parler mes points à l’aide de différents angles que mes graphiques me permettront d’aborder. 

Puisque consommer local est important, le premier thème abordé sera l’évolution des championnats du monde chez la boxe moderne québécoise. Tout aussi important, l’objectif majeur d’un boxeur professionnel est d’avoir un jour la chance de se battre pour un titre de championnat du monde. Les bourses en jeux sont aussi nettement plus élevées lors de ces combats et cela est aussi vrai pour les titres dit « régulier » et « intérim ». Considérant cet engouement, j’ai produit une base de données où tous les combats de championnat du monde depuis 1980 et en lien avec la boxe local ont été compilés1.

Thème 1. Évolution des championnats du monde chez la boxe moderne québécoise

Graphique 1.1 Histogramme représentant le nombre de combat de championnat du monde en lien avec la boxe québécoise1 réalisés au Québec et hors Québec en fonction des années.

Explications. L’histogramme est un type de graphique simple permettant de représenter la répartition d’une variable, ici c’est le nombre de championnats du monde en fonction des années. Afin de pousser un peu plus loin l’analyse, les combats présenter au Québec et hors Québec ont été représentés par différentes couleurs (respectivement bleu et rouge ici). Ainsi, en 1980, il y a eu deux combats de championnat du monde en lien avec la boxe québécoise1. Un combat de championnat du monde fut présenté au Québec (c.a.d., Roberto Duran c. Ray Leonard) et l’autre un hors Québec (c.a.d., Gaétan Hart c. Aaron Pryor).

Discussion. En tout, j’ai répertorié un total de 113 combats de championnats du monde en lien avec la boxe locale entre 1980 et 2021. La première observation qui sort de ce graphique est une plus grande concentration lors des années les plus récentes. En effet, seulement 5 championnats (4.4%) ont eu lieux avant 1990. Ce chiffre a pratiquement triplé entre 1990-99 avec 13 championnats (11.5%) pour exploser à 41 (36.3%) entre 2000-09 et 52 (46.0%) entre 2010-19. La présente décennie à mal démarrée en partie à cause de la covid avec aucun championnat en 2020. L’année 2020 met d’ailleurs fin à une série de 25 années (1995-2019) avec au moins un championnat du monde. Ces 25 années représentent 105 des 113 (92.9%) championnats du monde en lien avec la boxe québécoise! Autant dire l’ensemble des succès à ce niveau de la boxe québécoise moderne. Finalement, une reprise semble avoir lieu à ce niveau de performance puisque deux combats de championnats du monde ont eu lieu et un troisième à récemment été annulé, j’y reviendrai plus tard.

Sur l’ensemble des 113 championnats répertoriés, 47 (41.6%) ont eu lieu au Québec. Seulement deux championnats se sont produits avant l’année 2000, soit Roberto Duran c. Ray Leonard en 1980 et Matthew Hiltonc. Buston Drayton en 1987. Davey Hilton Jr. a mit fin à cette disette lors de l’année 2000 en battant DingaanThobela. Ensuite, c’est Éric Lucas qui a rendu possible la répétition de championnats du monde en sol québécois (c.a.d., cinq championnats entre 2001-03). Entre 2000-09, un total de 18 championnats (41.9%) ont eu lieu au Québec. L’année 2009 constitue le sommet en la matière avec pas moins de sept championnats réalisés ici où Jean Pascal, Lucian Bute, Adrian Diaconnu et Hermann Ngoudjo ont été les têtes d’affiches au Québec. C’est aussi lors de cette décennie que débute la deuxième la plus longue période en nombre d’années consécutives (5 ans) avec au moins un championnat produit au Québec. Elle débute en 2007 grâce à Joachim Alcine venu défendre son titre face à Alfonso Mosquera et Lucian Bute qui remporta le sien c. Alejandro Berrio. Elle se termine lorsque les deux principales vedettes de cette ère perdirent leur titre, soit Jean Pascal en 2011 c.Bernard Hopkins et Lucian Bute en 2012 c. Carl Froch en Angleterre. Il est très surprenant que malgré ce dur coup à notre boxe locale que ce soit lors de la décennie suivante (2010-19) qu’il y a eu le plus de championnats réalisés au Québec (27; 62.8%). De plus, la période 2013-19 est la plus longue en termes d’années consécutives avec au moins uncombat de championnats réalisés ici (7 ans). Remercions Adonis Stevenson et Marie-Ève Dicaire qui ont rendu possible cette série, le tout avec l’aide de nos deux anciennes vedettes locales (c.a.d., Jean Pascal et Lucian Bute) et de David Lemieux, notre seul boxeur à avoir remporté un titre chez les poids moyens. Il est en revanche dommage d’avoir raté une chance en or de produire uncombat de championnat du monde des poids lourds ici avec Bermane Stiverne en tête d’affiche. De plus, il est toujours désolant de ne pas encore avoir produit ici un combat de championnat du monde mettant en vedette Artur Beterbiev.

Perspectives. On remarque qu’entre 1995 et 1999, plusieurs boxeurs en liens avec la boxe québécoises ont eu assez de succès afin de combattre en championnat du monde, mais ce fut à l’étranger. Il semblerait que ces résultats ont rendu possible la production de championnats du monde ici. On peut remercier Arturo Gatti et Otis Grant qui sont devenus champions du monde à l’étranger, ainsi qu’Éric Lucas pour ces deux essais en France et aux États-Unis. Je fais une courte parenthèse ici afin de souligné que ces trois boxeurs ont tous affronter des légendes du noble art. Arturo Gatti a combattu Oscar DelaHoya et Floyd Maywather tandis que Roy Jones Jr. a affronté Otis Grant etÉric Lucas. Récemment, Artur Beterbiev a remporté pour la première fois de notre histoire une unification et Marie-Ève Dicaire a perdu la sienne face à une future légende en Claressa Shields. Ces deux combats ont eu lieu à l’étranger. De plus, il n’y a pas si longtemps Eleider Alvarez a battu Sergey Kovalev contre toute attente aux États-Unis et Jean Pascal complétait ce groupe qui rayonnait au-delà de nos frontières. On pourrait espérer que le tout se traduise par un nouvel engouement afin de permettre des championnats du monde ici. Cependant, la covid semble avoir ralenti cet élan et l’annulation du combat de Jean Pascal pour cause de dopage a terni l’image de la boxe d’ici. Espérons que les (en ordre alphabétique) Eric Bazinyan, Artur Beterbiev, Kim Clavel, Marie-Ève Dicaire, David Lemieux, ArslanbekMakhmudov, Oscar Rivas et Yves Ulysses Jr. continueront d’avoir du succès ici et à l’étranger. Par chance, un d’entre eux pourrait devenir assez populaire pour une belle nouvelle décennie remplie de championnats du monde qui seront produits ici. Je crois que si elle performe bien à son prochain combat, Kim Clavel sera la prochaine élue puisqu’elle est probablement la plus connue du grand publique, et vous?

1 Utilisant le site web boxrec.com, j’ai produit une base de données où j’y ai inclut tous les combats de championnats du monde réalisés au Québec, ainsi que tous ceux avec un boxeur Québécois. J’inclus ici dans le groupe des boxeurs Québécois tous les boxeurs associés à un promoteur québécois, ainsi que tous les boxeurs formés en totalité ou en partie au Québec, tant au niveau amateur, qu’au niveau professionnel. Un boxeur formé ici doit au minimum avoir eu un entraineur québécois comme chef de coin*. En plus de son caractère inclusif, cette définition a aussi l’avantage d’avoir un aperçu assez global de la contribution du Québec à la boxe.

* Il est cependant important de mentionner que ce critère met de côté plusieurs contributions importantes de notre savoir-faire québécois en boxe. Par exemple, plusieurscontributions de Russ Anber ne sont pas soulignées à leurjuste valeur. Russ a été homme de coin pour d’innombrables grands champions, participant souvent à leur camp d’entrainement et apportant parfois des éléments stratégiques cruciaux au plan de match.

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