CANELO VS SAUNDERS, PAS DE « TUNE-UP FIGHTS »!

CANELO VS SAUNDERS, PAS DE « TUNE-UP FIGHTS »!

Par Rénald Boisvert

De l’avis de plusieurs amateurs, un pugiliste n’a aucunement besoin de « tune-up fights ». Selon ce point de vue, un vrai combattant (professionnel) doit être prêt à affronter n’importe qui, n’importe quand.

Certains boxeurs sont également de cet avis. Les « tune-up fights » leurs semblent une perte de temps. Ils veulent plutôt être poussés à leur limite à chaque combat. « Pour donner le meilleur de nous-même, ne faut-il pas être sans cesse confrontés à une plus grande adversité? », pensent-ils.

Par ailleurs, beaucoup d’autres intervenants croient, au contraire, que ces combats de remise en condition (physique ou mentale) sont nécessaires. Pour ma part, je crois que la question mérite d’être sérieusement envisagée dans certaines situations particulières. Je me propose donc de passer en revue quelques-unes de ces situations tout en tenant compte des nuances et des réserves exprimées le plus souvent sur ce sujet. Enfin, je terminerai en traitant de la question eu égard au combat Canelo vs Saunders.

LE CAS ERROL SPENCE JR

Hors du ring pendant 14 mois après avoir été admis aux soins intensifs à la suite d’un grave accident de voiture, Spence Jr aurait pu opter en faveur d’un « tune up fight » pour son retour à la compétition. Or, comme l’on sait, celui-ci a rejeté cette option. D’ailleurs, sa victoire décisive sur Danny Garcia permet de croire qu’il avait pris alors la bonne décision.

Mais Spence Jr fait-il partie pour autant de ces boxeurs qui disqualifient d’emblée tout recours à un « tune up fight »? Je ne le crois pas. Parmi les raisons données par Spence Jr pour écarter l’option d’un « tune up fight », l’une d’elles m’est apparue intéressante. C’est que cela ne lui aurait apporté aucun élément de réponse à une question qu’il aurait pu avoir besoin de se poser en prévision de son affrontement contre Garcia. En termes plus simples, disons que le camp d’entraînement devait avoir suffi à dissiper tout doute sur sa condition physique et mentale. Par conséquent, à quoi bon un « tune up fight »?

À contrario, on peut présumer que la décision de Spence Jr aurait pu être différente dans le cas où certaines interrogations et inquiétudes au sujet de sa santé avaient persisté pendant les semaines précédant la signature du contrat. Un « tune up fight » lui aurait alors permis de répondre à ces interrogations. L’objectif aurait été simplement de s’assurer que ce boxeur était prêt pour un combat de grande envergure.

PACQUIAO À LA RECHERCHE D’UN STYLE EN PARTICULIER

En vue de l’affrontement qui l’a opposé à Floyd Mayweather Jr, Manny Pacquiao aurait tenté, mais sans succès, d’obtenir d’abord un combat contre Andrian Broner. Ainsi, contrairement à la croyance populaire, un « tune up fight » ne signifie pas toujours que l’adversaire sera un simple faire-valoir, notamment lorsque le choix de cet adversaire a pour objectif de bien préparer l’athlète à un combat de la plus grande importance.

Sans être aussi talentueux que Mayweather Jr, Andrian Broner possèdait un style très similaire, notamment pour ce qui est de la défensive. Cette option aurait donc pu être profitable. Or Pacquiao n’a pas été le seul à rechercher un adversaire possédant un style déterminé comme « tune up fight ». Beaucoup de boxeurs l’ont fait avant lui.

On n’a qu’à penser à Muhammad Ali lors de son retour dans le ring après 3 années d’absence. En prévision de son combat contre Joe Frazier, il avait tenu à combattre d’abord Jerry Quarry dont le style était particulièrement agressif et acharné. C’était un choix judicieux compte tenu des similitudes entre ces deux adversaires.

ELEIDER ALVAREZ

Plus près de chez nous, Eleider Alvarez s’est retrouvé également dans la situation où il a dû dénicher un « tune up fight » de qualité. Ainsi, lorsqu’il est devenu l’aspirant obligatoire au titre de Stevenson Adonis, un combat préparatoire contre un boxeur « gaucher » s’est aussitôt imposé.

Le choix de l’adversaire s’est porté sur Norbert Dabrowski, un solide gaucher, mais dont la force de frappe n’était pas de nature à inquiéter outre mesure le boxeur colombien. Par ailleurs, comme Dabrowski n’avait jamais été mis ko jusqu’alors, on pouvait ainsi s’attendre à ce qu’il permette à Alvarez de faire les rounds. Dabrowski était donc un excellent choix dans les circonstances.

ANDRE WARD

Le recours à un ou même plusieurs « tune up fights » peut également s’imposer lorsqu’un boxeur monte de catégorie de poids. Dans un tel cas, l’objectif a très peu à voir avec la boxe proprement dite. Ce qui est en jeu, c’est davantage l’adaptation de l’organisme à la toute nouvelle réalité. Il ne suffit pas de voir grimper les chiffres sur la balance. Dans les faits, il faut ajouter du muscle. Et encore! Le poids ciblé doit être atteint progressivement afin d’acclimater toutes les fonctions corporelles (cœur, tension, etc…)

Réputé comme étant un brillant stratège, Andre Ward a effectué pas moins de trois combats préparatoires dans sa nouvelle catégorie de poids avant de s’attaquer à Kovalev. Il faut se rappeler que celui qu’on surnomme « the Krusher » était alors invaincu. D’ailleurs, le premier combat entre eux a montré que Ward a bien fait de ne pas le prendre à la légère.

THE BROWN BOMBER

Parfois, un « tune up fight » peut très mal tourner. Le cas le plus célèbre est certainement celui impliquant Joe Luis, surnommé le « The Brown Bomber ». Âgé seulement de 22 ans, il était alors le premier aspirant au titre détenu par Max Baer. Or, avant d’entreprendre ce combat de championnat des poids lourds, on décida de lui opposer l’allemand Max Schmeling. Cet ancien champion du monde était alors considéré comme le dernier « tune up fight » d’une série de combats qui devait mener le jeune Joe Luis tout droit à un combat pour le titre.

Peut-être avait-on minimisé le danger que pouvait représenter Schmeling étant donné qu’il avait été mis knock-out par le champion en titre Max Baer, trois années auparavant. Or, malgré le fait que le boxeur allemand avait passablement ralenti, il demeurait un cogneur redoutable pouvant encore causer des surprises.

Joe Luis perdait donc ce combat par knock out. Par ailleurs, faut-il s’en étonner, il est devenu à son tour champion du monde des poids lourds l’année suivante.

CANELO ALVAREZ VS BILLY JOE SAUNDERS

Malgré toute l’importance du combat, ces deux boxeurs n’ont pas semblé envisager la possibilité de réels « tune up fights ». On sait que Tyson Fury a exprimé que pour battre Canelo, Billy Joe Saunders avait besoin de deux « tune up fights ». Selon Fury, Saunders se devait d’avoir été au moins aussi actif que Canelo avant de l’affronter. Cela n’a pas été le cas.

Pour ce qui est de Canelo, il peut apparaître bizarre qu’il n’ait combattu aucun boxeur gaucher au cours des dernières années. D’autant que son dernier combat contre le gaucher Erislandy Lara, en 2014, avait montré plusieurs lacunes chez le boxeur mexicain. En principe, il aurait été plus prudent pour lui de s’en tenir d’abord à un ou deux « tune up fights » contre des gauchers. Est-ce que la confiance de Canelo est à ce point grande?

Il faut penser que oui. Probablement que Canelo disposait de plusieurs sparring-partners gauchers qui l’ont suffisamment bien préparé. Peut-être aussi que Canelo ne voulait rien montré de l’expérience et des habilités qu’il a acquis depuis son combat contre Lara. En fait, Saunders ignore tout de ce que Canelo saura faire contre un gaucher, aussi bon qu’il soit. D’ailleurs, il en est de même pour nous!

CONCLUSION

Pour un entraîneur, le choix ou le rejet d’un « tune up fight » n’est pas toujours sans conséquence. Dans son esprit, le doute peut parfois subsister. Prenez l’exemple d’un boxeur ayant subi à son dernier combat un knock-out percutant. Au moment où son poulain songe à remonter dans le ring, non seulement l’entraîneur doit-il se poser la question de l’état de santé physique de l’athlète, mais également s’enquérir de l’état de ses dispositions mentales. Ont-elles été affectées? La confiance est-elle à rebâtir? Un « tune up fight » pourrait-il être approprié?

En tant que formateur pour Boxe-Québec, c’est ce type de mises en garde que je tiens à faire, en particulier auprès des jeunes entraîneurs. Mes articles sont également teintés de ce genre de préoccupation. Il faut cependant n’y voir aucun dogme. Aussi, je n’ai aucune idée préconçue, ni réponse définitive à la question de savoir si un entraîneur doit ou ne doit pas recourir aux « tune up fights » Seulement une mise en garde!

L’auteur de ce texte avec son groupe d’étudiant.

Cela consiste pour l’entraîneur à se poser cette question : l’athlète a-t-il besoin ou non d’un « tune up fight »? Il ne doit pas éluder cette question. Après tout, il s’agit de la santé de l’athlète. Mais l’entraîneur n’est pas un devin. Son rôle consiste seulement à évaluer la balance des avantages et des inconvénients d’un « tune up fight ». La boxe n’est pas une science exacte. Si la décision a été prise en toute connaissance de cause après discussion avec l’athlète, alors chacun vivra bien avec les conséquences, qu’elles soient positives ou négatives.

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